Valentine Chapelotte : « courir n’est pas inné, ça s’apprend et ça se travaille »

L’athlète

Présente-toi en quelques mots (âge, profession, club et pratique(s))

Je m’appelle Valentine Chapelotte, j’ai 22 ans (23 en août) et je vais valider mon diplôme d’ingénieur agronome en septembre. Je suis licenciée au Cercle Paul Bert, à Rennes, mais je suis originaire du Jura ! Je suis venue à Rennes pour mes études. Je suis demi-fondeuse, amoureuse du 1500m.

Depuis combien de temps pratiques-tu cette/ces discipline(s) ?

J’ai commencé l’athlé très tard, j’étais en terminale au lycée, donc j’avais 17 ans. Avant, je faisais de l’équitation, donc rien à voir. D’ailleurs, si plus tard je lève le pied en course, c’est sans doute vers cette discipline que je retournerai. 

Quels sont tes RP (records personnels) ?

J’ai un RP en 2’13’’ sur 800m (je ne suis pas très rapide ehe), 4’24’’ sur 1500m, 9’49’’ sur 3000m et 16’57’’ sur 5000m (il date d’aujourd’hui -le 4 juillet-, j’ai fait mon baptême sur la distance).

Pour la petite anecdote, j’ai un RP en 44 minutes sur 10km sur ma fiche FFA, parce que j’ai fait une course à saucisson dans mes débuts, alors que je n’étais même pas encore vraiment entraînée. Aujourd’hui, je suis capable de le faire en footing. Il va falloir que je remédie à ça ! 

Ton meilleur souvenir de course ?

J’en ai tellement ! Je dirais les championnats de France Élites à Albi, l’année dernière.

Mon entraîneur, Thierry Burnel, avait fait la route (du Jura donc) spécialement pour me voir ! C’était déjà tellement une chance et un bonheur d’être là, avec le gratin de l’athlétisme français, que je l’ai vécu sans pression, en profitant à fond ! Je me souviens, j’étais la seule à avoir le smile sur la ligne de départ.

En plus, le même week-end, mon copain (David Ouvrard) remportait le titre de champion de France d’Ekiden avec l’équipe de son club, l’ABV. C’était riche en émotions ! 

Pourquoi avoir choisi l’athlétisme ?

Je n’ai pas vraiment « choisi » l’athlétisme en fait. J’ai couru une course locale, un 5km populaire, sans entraînement (le poney ça compte pas), parce que ma maman courrait le 10km (oui oui on est une famille de sportifs).

Je l’ai gagné chez les féminines, en 22 minutes à l’époque. L’entraîneur de la section Hors-Stade du Dole Athletic Club m’a repéré, m’a proposé de venir essayer les entraînements. Puis j’ai intégré le groupe demi-fond, avec Thierry qui venait d’arriver aussi, et qui est toujours mon entraîneur. 

Ses habitudes

Ta paire de chaussures favorites ?

Running : les Adidas Adizero Adios 5 (je ne jure que par Adidas pour les baskets). En pointes : pour 800m les Adidas Adizero Ambition 2, pour 1500m les Dragonfly. 

Garmin ou Suunto ?

Garmin

Se dépasser ou dépasser les autres ?

Se dépasser, sans hésiter ! 

Thé ou Café ?

Café, beaucoup beaucoup.

Short court ou cuissard?

Short court. Et culotte de course, seulement pour les compet’ 

Travail perso ou travail d’équipe ?

Travail perso…mais en équipe ! #lecross 

Pointes ou lame carbone ?

Pointes avec lame carbone. En vrai, pour moi le carbone c’est une fois que j’ai établi une marque chronométrique sans carbone. Par exemple, le jour où je fais un 10km, je le fais décarboné, pour savoir « ce que je vaux ».

Ensuite sur le suivant aucun souci pour mettre du carbone, je ne pense pas qu’il faille aller à l’encontre du progrès, et surtout il faut pouvoir se battre à armes égales. 

VMA ou seuil ?

VMA

En course, plutôt pop-corn ou youporn ?

Popcorn ou youporn en course ? Ça dépend, sans concurrence souvent popcorn. En peloton youporn parce que je suce la roue de la tête de course. C’est valable comme réponse ? (rires)

Bise ou serrage de pince ?

Check

Préparer ou improviser ?

Préparer. Mais j’apprends de plus en plus à improviser, être plus souple et plus « relax ».

Cross ou course nature/trail ?

Cross (mais pas trop de boue svp)

Sa pratique

Quelle place prend l’athlétisme dans ta vie ?

Une place énorme, puisque tout mon mode de vie tourne autour de l’athlé. On planifie nos journées et nos week-end selon les courses ou les séances prévues. On parle des perfs des autres, des séances qu’on voit passer sur Strava, on regarde le marathon qui passe un dimanche matin en prenant notre petit-dej.

Quand il y a eu le confinement, le couvre-feu, les premières préoccupations ont été « comment s’organiser pour s’entraîner ? ». Il y a la question de l’hygiène de vie aussi, je ne bois pas d’alcool en période de compétition par exemple, je fais attention à apporter à mon corps tous les nutriments dont il a besoin.

De manière plus personnelle, l’athlé est en lien avec les TCA (Troubles du comportement alimentaire) que j’ai pu traverser. Mais c’est aussi l’athlé qui m’a permis de tenir pendant mes année de classes préparatoires aux grandes écoles, d’avoir un équilibre corps/esprit. Sans ça, je n’aurais sans doute pas supporté la pression. 

Comment est-ce que tu pourrais définir l’athlétisme et ta pratique pour des néophytes ?

Pour définir le demi-fond, je dirais que c’est la discipline sportive où ton principal adversaire, mais aussi ton plus fidèle allié, c’est toi-même. Il ne s’agit pas que de courir, il s’agit d’apprendre à écouter tes sensations, à te connaître toi-même.

Il s’agit d’apprendre à poser ton souffle, à te relâcher même dans l’effort. Contrairement à ce que l’on croit souvent, courir n’est pas inné, ça s’apprend, ça se travaille. Ma discipline, le 1500m, 3 tours 3/4 de piste, est un sprint très très long. Imaginez partir juste un peu moins vite qu’à fond, et on vous dit de faire 3 tours de terrains de foot à cette allure. Et quand vous allez arriver au bout, on vous dit « en fait continues, refais un tour, à la même vitesse ».

Au final, c’est bien passé pendant 2 tours et demi, vous avez serré un peu les dents pour arriver à la fin du 3ème tour. Mais le dernier tour, vous avez dû aller piocher dans des ressources dont vous ignoriez jusqu’à présent qu’elles existaient. C’est ça, le 1500m.  C’est dépassement de soi. 

Quel message pourrais-tu donner aux jeunes qui sont en école d’athlé ?

Si j’ai un message à transmettre, c’est la métaphore que Thierry m’a fait passer quand j’ai commencé. L’athlétisme est une discipline de long terme, que l’on peut comparer à un chantier. À vouloir monter un bâtiment à la hâte, le résultat sera fragile, il se fissurera rapidement et ne durera pas dans le temps.

Il faut prendre le temps de creuser de belles fondations. Ensuite, une fois que les bases sont posées, on construit étape après étape, brique par brique. Si on loupe une étape, le bâtiment sera branlant. Ce qu’il faut comprendre, c’est que quand on est jeune, on veut aller vite, être fort tout de suite, ne faire que les séances qui nous plaisent.

Mais pour atteindre un jour son meilleur niveau, il faut savoir être patient, ne pas brûler les étapes.

Avec une année 2020 particulière et deux confinements, comment s’est articulée ta pratique sur les douze derniers mois ?

J’ai eu la chance de vivre les deux confinements en pleine campagne, donc ça a été possible de faire des séances nature dans le rayon de 1km. Le 1er confinement, j’étais blessée, donc j’ai surtout fait du vélo et du renfo.

Le second, comme on n’avait aucune vision sur la suite et la reprise des compétitions, j’ai surtout retravaillé et pris le temps de bien poser les bases : beaucoup de capacité (c’est à dire du « foncier facile » : c’est de l’actif mais en restant facile, moins rapide que le seuil. Typiquement, si mon seuil est aux alentours de 3’30’’/3’35’’ au kil, une séance capa serait 2×10’ à 3’50’’ au kil).

Ça travaille la caisse sans puiser dans les réserves.) et beaucoup de VMA facile (en restant un peu en dedans). Comme ça, quand les compétitions sont arrivées, j’avais préparé le terrain pour mettre des séances plus spécifiques, sans puiser dans mes ressources.

Je dois aussi préciser que le couvre-feu a été l’élément le plus contraignant : pendant toute cette longue période, je me levais à 6h20, à 6h30 j’étais dehors et je partais sur mon échauffement, une heure plus tard j’étais de retour, douche, petit-dej, direction mon lieu de stage pour la journée de boulot. Comme beaucoup d’athlètes je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas aller m’entraîner le soir. 

Ton année sportive 2021 idéale serait ?

Je pense que mon année sportive 2021 est déjà quasiment idéale. Ça fait 3 ans que j’essaye de passer la barre des 4’30’’ sur 1500m. Cette année, en courant en 4’24’’, j’ai pulvérisé mon record de 7 secondes. Et puis j’ai couru en finale des championnats de France Élites, à Angers, c’est aussi un peu un rêve qui se concrétise.

Pour la suite, je n’ai pas de « scénario idéal ». Je vais sans doute rejoindre l’ABV prochainement, le rêve ça serait de vivre les championnats de France d’Ekiden avec David cette fois (comme dit précédemment, l’année dernière j’étais à Albi ce week-end là). 

Quels sont tes chronos cibles sur les prochaines courses ?

Avec ma progression cette année, cette barrière psychologique que j’ai réussi à briser, j’aimerais accrocher un 4’20’’ sur 1500. Si ça se trouve, ça prendra encore quelques années, mais c’est un objectif. Et qui sait, ça peut peut-être passer l’année prochaine ?

J’ai couru mon tout premier 5000m le 4 juillet le 4 juillet, toute seule et dans le vent, sans travail foncier depuis 6 semaines, en partant beaucoup trop vite et en faisant un popcorn magistral. J’ai fait 16’57’’…je pense que le 16’40’’ est tout à fait envisageable, dans une bonne course, en courant intelligemment. J’ai un profil plutôt 5000m, je sais que à terme, ça sera sur cette distance que j’aurai quelque chose à jouer.